Les ports et terminaux maritimes face au défi de la décarbonisation



Les récents efforts de décarbonisation de l’Organisation maritime internationale (OMI) ont tracé une voie cruciale pour réduire les émissions de la flotte maritime mondiale. Cependant, l’attention se tourne désormais vers les ports et les terminaux, un secteur confronté à des défis uniques en l’absence d’une autorité mondiale comparable à l’OMI.

Enjeux réglementaires de la décarbonisation dans le secteur portuaire :

Alors que les armateurs peuvent compter sur l’OMI pour légiférer et coordonner des pratiques plus écologiques, les ports et les terminaux dépendent de coalitions d’autorités diverses. Les règlements portuaires, souvent émis par des autorités publiques, créent un environnement fragmenté où la coordination est essentielle pour éviter des désavantages concurrentiels et promouvoir l’innovation.


Risques financiers et commerciaux :

Les premiers projets en Europe et sur la côte ouest des États-Unis révèlent des dépenses massives, estimées en milliards, nécessaires pour électrifier les principaux centres maritimes. Cela soulève des préoccupations quant aux risques financiers et commerciaux, nécessitant une approche mondiale pour équilibrer les coûts et les avantages.

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Impact social et environnemental :

Outre les émissions de CO2, l’impact social des ports sur les communautés locales est souvent négligé. En Europe, par exemple, les émissions liées au transport maritime représentent une part significative des émissions totales, soulignant la nécessité d’actions rapides pour minimiser l’impact sur les communautés avoisinantes.

Carburants alternatifs et alimentations électriques propres :

La législation FuelEU Maritime propose des solutions prometteuses pour réduire les émissions. En mettant l’accent sur les carburants durables à faibles émissions de carbone et les alimentations électriques à terre (OPS), elle vise à transformer les pratiques portuaires. Les coûts estimés de construction de cette infrastructure soulignent la nécessité d’investissements substantiels.

Initiatives Européennes et implications mondiales :

L’Europe, à la pointe de la législation environnementale maritime, montre la voie avec des réglementations strictes et des engagements financiers. Cependant, les défis de mise en œuvre à l’échelle mondiale exigent une collaboration internationale pour garantir des normes cohérentes et éviter des disparités concurrentielles.

Investissements massifs pour un avenir durable et une décarbonisation dans la Baie de San Pedro :

Les opérateurs de ports et de terminaux dans le complexe maritime de la baie de San Pedro, abritant le port de L.A./Long Beach, sont confrontés à un défi monumental. Ils ont la tâche ambitieuse de réduire à zéro les émissions de leurs équipements de manutention de marchandises d’ici 2030, conformément au Plan d’action pour la qualité de l’air (CAAP) de 2017.

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Dépenses initiales et prévisions budgétaires :

Déjà, environ 2 milliards de dollars ont été investis dans des initiatives telles que:

      • des camions plus propres,
      • des équipements de manutention de marchandises,
      • des systèmes d’alimentation à quai (OPS).

Voir aussi: Les grands ports maritimes de demain, l’avenir du commerce international

Cependant, les projections indiquent que la facture totale pour les nouvelles technologies, infrastructures et programmes d’incitation nécessaires pour atteindre les objectifs du CAAP pourrait atteindre un impressionnant total de 14 milliards de dollars.

Impacts sociaux et environnementaux :

Les coûts sociaux liés à l’inaction deviennent de plus en plus apparents. Le complexe portuaire LA/LB, en dépit de son rôle clé dans le commerce, est également la principale source de smog dans le sud de la Californie, contribuant à plus de 10 % des émissions d’oxyde d’azote. Une récente étude publiée dans Nature souligne la nocivité de ces émissions, étant 300 fois plus préjudiciables pour le climat que le CO2.

Risques financiers et opportunités pour les assureurs :

Les investissements massifs dans les ports signalent une nouvelle ère de risques financiers et commerciaux, une situation particulièrement intéressante pour les assureurs axés sur la réduction de l’incertitude financière et le transfert des risques. La transition vers des pratiques plus durables offre également des opportunités pour les assureurs innovants.

Appels à l’Aide Publique :

Face à des coûts de nettoyage susceptibles d’entraver leurs activités, de nombreux ports et terminaux sollicitent des fonds publics pour faciliter la transition. Au Royaume-Uni, par exemple, des recherches récentes suggèrent que 70 % des ports ont déjà atteint le plafond de puissance disponible sur le réseau, soulignant l’urgence d’un soutien financier.

Limites de l’investissement sans réglementation globale:

Bien que les coûts soient inévitablement partagés entre les secteurs privé et public, l’absence de réglementation mondiale pourrait limiter l’ampleur des investissements requis. Les appels à une coordination mondiale dans la réglementation visant à encourager la décarbonisation deviennent de plus en plus forts pour assurer une transition équitable et efficace vers un secteur maritime plus respectueux de l’environnement.

Les ports en tant que classe d’actifs stratégique :

Les ports se distinguent en tant que classe d’actifs distincte par rapport aux navires, soumis à des interdictions ou à la mise au rebut en cas de non-conformité aux normes d’émissions. En tant qu’actifs fixes stratégiquement situés, leur importance réside dans leur proximité avec des centres de consommation ou des sites industriels majeurs en eaux profondes. La non-conformité des ports pourrait entraîner des pénalités commerciales, mettant à l’épreuve les propriétaires de marchandises et impactant finalement les consommateurs.

Approche et défis associés à la décarbonisation:

L’impulsion pour décarboner les ports adopte actuellement une approche « patchwork », traitant les émissions portuaires de manière morcelée en fonction des ambitions climatiques locales. Bien que cette approche puisse offrir une flexibilité adaptée aux communautés portuaires, elle présente des défis, notamment l’alignement avec des initiatives mondiales juridiquement contraignantes telles que l’Accord de Paris de l’ONU.

Pressions sur les propriétaires de marchandises :

Bien que des signes indiquent que les consommateurs exercent une pression croissante sur les propriétaires de marchandises pour assumer les coûts climatiques liés au transport maritime, il n’y a pas encore de preuve que cela ait conduit au détournement de marchandises des transporteurs ou des ports non conformes. Ainsi, la responsabilité de décarboner les ports incombe largement aux autorités portuaires, chacune devant définir ses ambitions climatiques.

Coordination cruciale pour surmonter les défis de la décarbonisation:

L’absence de coordination pourrait engendrer des défis considérables, notamment la nécessité d’une vérification cohérente des efforts de décarbonation, le financement collaboratif pour la recherche et le développement technologiques, l’établissement de normes industrielles, et la définition de bonnes pratiques. En particulier, la coordination est cruciale pour éviter des mesures dissuasives envers les premiers acteurs, tout en favorisant l’adoption de technologies plus propres.

Efficacité des programmes d’incitation locaux :

Des preuves émergent suggérant que les programmes d’incitation locaux, tels que ceux instaurés par les autorités portuaires japonaises pour encourager l’utilisation de grues à portique électriques, peuvent se révéler plus efficaces que les pénalités carbone et les amendes. Ces initiatives locales favorisent la transition vers des technologies plus respectueuses de l’environnement sans biaiser la compétition régionale ni dissuader les entreprises.

Conclusion :

La décarbonation des ports émerge comme un défi complexe et multifacette, nécessitant une coordination minutieuse entre les acteurs locaux et internationaux. Alors que les coûts financiers sont évidents, les avantages en termes de durabilité et de santé publique justifient ces investissements. L’équilibre entre des approches locales adaptées et une coordination globale demeure essentiel pour garantir une transition efficace vers des ports respectueux de l’environnement et alignés sur les objectifs climatiques mondiaux.

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